La Mini Transat :

des Mini-bateaux pour la Grande École de la Course au Large

Jean, mon dernier fils régatier dans l’âme, décide (cela fait 15 ans qu’il en parle, qu’il en rêve…) de faire la Mini Transat. Il a déjà une bonne expérience du large… !

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Photo Thomas Deregnieaux

Jean partage sa vie avec Cécile Andrieu depuis 3-4 ans ; Cécile, une voileuse bien connue aussi.

Tous les 2 décident de la faire cette année et sur les mêmes bateaux : des Pogo3, bateaux de « Série » ! Une couse dans la course ?? En tous cas, une émulation et une préparation ensemble !

Inutile de dire que nous suivons cette course pour la 1ière fois, et avec beaucoup d’intérêt ! Nous la connaissons tous de réputation ; c’est la 23ième édition ! Une édition tous les 2 ans… C’est une course incroyable : des petits bateaux (6,5m) ; des « protos » et des « séries ». Pas de communication possible avec la terre, donc pas de fichiers météo, pas d’ordinateur, pas d’Adrena/Maxsea, pas de routage… à tout au bon sens et à l’expérience !

Cette année, ils sont 90 à partir, 25 protos et 65 séries ! (Quel succès). Il y avait, je crois, 140 préinscrits et donc 50 environ qui n’ont pas pu partir : certains parce qu’ils n’étaient pas prêts, d’autres parce qu’ils n’ont pas été sélectionnés !

Pour être sélectionné et partir, un vrai parcours du combattant : avoir son bateau 2 ans avant ; faire un nombre incroyable de courses et parcours de qualification, sur son bateau ! Ceux qui sont pris, sont ceux qui ont accumulé le plus grand nombre de milles. Programme intense, je peux en témoigner ! Une Transquadra est très prenante, mais rien à voir avec la Mini !

La majorité des coureurs se sont inscrits dans des pôles de formation qui se sont incroyablement organisés, structurés. Jean et Cécile, malgré leurs attaches trinitaines, se sont inscrits à Lorient au pôle de la course au large, avec une infrastructure très efficace, des coachs de haut niveau (Tanguy Le Glatin, Christian Dumard…).

Deux ans d’AR tous les WE à Lorient, puis location d’un appartement là-bas, pour le télétravail et puis pour être à 100% sur le projet en ayant pris 6 mois de congés sabbatiques. (Beaucoup de concurrents ne font que ça depuis 1 an, voire 2 ans..).

Voilà pour le contexte !

Dans les lignes qui suivent, je vais surtout parler des « Série », classés à part des protos. Les bateaux « Série » sont assez homogènes en potentiel, et tous cas pour les derniers modèles : Maxi, Vector, Pogo3.. Maxi et Vector sont de type « scow ».

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LA COURSE :

Départ 1ère étape le 27 septembre des Sables d’Olonne, décalé de 25h pour cause météo, destination La Palma (Canaries).

Puis départ le 29 octobre de la 2ième pour la Guadeloupe.

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Je vais surtout parler de la 2ème étape, en cours en ce moment. (à l’heure de la diffusion de ce document, ils seront probablement arrivés.. !).

Un petit rappel de la 1ère étape :

La première étape faisait 1350 miles, avec un passage toujours compliqué au cap Finisterre.

Une étape hors du commun :

  • Ils sont partis dans des conditions très musclées.
  • des attaques d’orques, une collision avec un chalutier, un démâtage, des bobos,..
  • puis un arrêt temporaire provoqué (à raison) par le comité pour cause de gros temps, puis mal géré dans ses conséquences et les retraitements de classements
  • Et une arrivée à La Palma avec des éruptions volcaniques incroyables, des bateaux recouverts par les cendres… Ils s’en souviendront nos marins..

Cécile a dû faire face à quelques aléas…. :

  • d’abord malade comme un chien très rapidement après le départ et pendant 48h…
  • puis, très rapidement pendant la nuit, son aérien (girouette) a cassé à le pilote ne peut plus marcher correctement
  • la nuit passée, toujours malade, elle essaie de monter dans son mat. Mais trop de mer et elle renonce à mi-hauteur…
  • ensuite elle heurte un OFNI (objet flottant non identifié) qui lui a endommagé un safran...!
  • enfin, plus tard, la mer calmée, elle remonte au mât pour changer sa girouette
  • et, pour finir cette liste, elle s’est prise dans un filet de pêche coincé dans le bulbe de quille. Obligée de plonger pour se dégager au couteau…

Solide Cécile !!

Quant à Jean, quelques extraits de ce qu’il raconte :

« Le départ du ponton, le chenal du Vendée Globe remorqués par ma famille, je m’en souviendrai longtemps, c’était beaucoup beaucoup d’émotion. Une fois le coup de canon donné, c’était une sorte de délivrance, nous y sommes, j’y suis enfin, c’est parti….

 La première partie de la course était assez stratégique car il fallait ne pas se faire manger par une dorsale (sans vent), la contourner et aller chercher le plus vite possible un nouveau front à l’Ouest qui nous donnerait du vent portant pour descendre plus rapidement vers le Cap Finisterre. Ensuite il fallait de nouveau gérer une nouvelle dorsale et ne pas se faire manger de nouveau. Une partie passionnante en somme ! Je ne sais toujours pas comment l’expliquer, mais je me sens super bien dès le coup de canon, je suis super bien dans ma tête. Un mélange de bonheur d’être là, de réalisation de la chance que j’ai, et l’envie de bien faire. Et le bateau c’est comme un cheval, il a dû le sentir tout ça ! Ini Mini Myni Mo et moi avons donc la BARAKA. Je passe le front sans trop de difficultés, avec ma nouvelle méthode SPECIALE FRONT FROID mise au point à la dernière course : bien régler le bateau, avoir une config de voiles stable, puissante et tolérante, et rester le max possible de temps dans la cabine, pour ne pas avoir froid, ni peur. Car plus je sortais, plus j’avais les chocottes (les petits monstres blancs qui déferlent de part et d’autre, et parfois très haut sont toujours beaucoup plus impressionnants la nuit), et plus j’ai les chocottes, plus je réduis la toile, alors qu’il faut attaquer. ….

On approche le nord de l’Espagne que je redoute, car tu peux tout perdre là-bas. La hauteur des falaises, la géographie de cette côte, carrefour de rencontre entre le Golfe de Gascogne et l’Atlantique, la chaleur de l’Espagne, tout ça crée souvent des phénomènes locaux dont il faut se méfier. Je me suis planté une fois là-bas avec mon bon copain Gauvain en double à une course, et j’ai le souvenir de mon père (C’est moi…) et de mon oncle à la Transquadra restés scotchés plus de 36 heures. Donc je suis aux aguets, je passe ma vie à contrôler l’AIS des gens devant et ma force de vent et je suis prêt à fuir dès qu’il le faut. …..Puis étant moins loin de la côte que certains, je profite d’un petit thermique de nuit, et j’avance plus que mes camarades à l’Ouest. Au petit matin, je suis avec Gael Ledoux et on retrouve Anne-Claire le Berre (deux grosses pointures de la promo) on est dans un système intéressant avec des bascules sans arrêt à saisir qui nous propulsent vers le sud. A ce moment je suis 2ème de la flotte…! Mais tout à une fin, malheureusement…car tout d’un coup les bateaux accompagnateurs nous relaient un BMS (Bulletin Météo Marine Spécial) envoyé par la direction de course. Ils nous préviennent d’un fort coup de vent à venir, et demandant aux gens des zones derrière moi (Finistère Nord et Sud) de se réfugier, et pour les gens de la zone Porto comme moi, ils recommandent de se réfugier. »

Confusion, discussions entre eux, hésitations et tous décident de se mettre aux abris, à proximité immédiate. Jean et le groupe à proximité ira à Baiona ; un autre groupe derrière (dont Cécile) ira à Muros plus au nord… et d’autre ailleurs encore plus au nord. Tous aux abris ? Non, à la surprise générale, sauf deux, un jeune allemand Melwin, et un Autrichien ! Ils viennent de derrière Jean mais décident de continuer. Et arrivent bien évidemment avant tout le monde.

Autre sujet de discorde : le coup de vent passe, et malgré l’idée partagée entre eux de repartir à peu près dans leur ordre de classement avant l’arrêt, le groupe arrêté à Muros, donc loin derrière Jean, repart à 3 h du matin, quand le groupe de Jean repart à 8h (alors qu’ils s’étaient concertés)! Résultat : Jean qui était dans les 3 premiers au moment de l’arrêt avec un bon décalage sur le groupe de Muros, se retrouve 40ème quand il redémarre… et assez décalé, à la côte, sans vent…

Il finira quand même 17ème de l’étape en ayant cravaché comme un diable, même sans pilote pendant 36h ! Cécile finit 7ème bénéficiant, comme beaucoup arrivés devant Jean, de ce 2ème départ discutable…

Jean dira : "Le comité de course a reçu une trentaine de réclamations sur la non-équité sportive de cette course."

Le jury se prononce :                     

« Le 20 octobre, le jury international a estimé que les recommandations, les informations ou les conseils de s’abriter dans le port le plus proche donnés par la Direction de Course le 1er octobre dernier, après l’émission d’un BMS concernant les zones Finisterre Sud et Finisterre Nord, avaient été vagues et imprécis, et donc pas clairement compréhensibles pour les concurrents. Par voie de conséquence, il a jugé que cela constituait une action inadéquate. La décision a ainsi été prise d’octroyer réparation à l’ensemble des 80 skippers concernés. En l’occurrence, 24 heures vont être déduites de leurs temps de course. Cette bonification ne concerne pas les quatre premiers du classement Proto. Elle ne touche pas non plus les marins qui ne se sont pas arrêtés à la suite du message météo transmis par la DC. Le jeune navigateur Allemand conserve son leadership avec 1 heure et 52 minutes sur Hugo Dhallenne (979), désormais 2e, et l’Autrichien Kargl qui perd donc une place. »

Une drôle de correction ! Elle permet aux coureurs qui se sont arrêtés de se rapprocher de ceux qui ne l’ont pas fait, mais ne corrige pas les inégalités dues à des départs non coordonnés… Bref, très discutable…

« Tirons un trait » : c’est ce qu’ils ont dit et c’est ce qu’ils ont tous fait, se concentrant alors sur la 2ème étape.

En tous cas, Cécile et Jean ont fait deux supers courses, et ont des bateaux intacts. Ils ont le couteau entre les dents pour attaquer la 2ème étape !

La deuxième étape : la grande traversée…

Une étape de 2700 miles ; donc deux fois plus longue que l’étape une ! Une étape dans les alizés, en principe !

On leur prédit donc 18 jours de course, au lieu des 15 habituels…

Quand les alizés sont bien établis, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, c’est simple : la route la plus courte s’impose, proche de l’orthodromie…

Mais là ?? J’ai fait plusieurs routages avant leurs départs, utilisant les fichiers GEFS 56km, avec 16 jours de prévision. Voici 3 routages faits à 24h d’intervalles, avant le départ, avec les mêmes polaires, les mêmes sources météo, les mêmes facteurs de corrections. N’importe quoi !! Une route au nord de l’orthodromie, deux au sud ; entre 13 et 18 jours… !

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Inutile de dire qu’il faut avoir une autre approche que d’être le nez dans son routage de départ… !

Alors comment font-ils, comment ont-ils fait ??

Pour rappel, ils n’ont pas la possibilité de recevoir des fichiers météo, une fois en course.

Ils ont rendu leurs téléphones, n’ont pas d’iridium, et n’ont pas d’ordinateurs avec des logiciels de cartographie et de routage.

Ils ont un GPS, un AIS émetteur/récepteur, des cartes papiers, une radio BLU, leur girouette, un baromètre, une centrale (NKE souvent) et leurs yeux + tête ! Et aussi une certaine expérience.

Comment font-ils :

  • le départ et les 2-3 jours qui suivent

Avant le départ, ils ont tous fait des routages, ils ont tous eu les conseils de leurs coachs ou de coureurs professionnels. Le sud leur était recommandé pour commencer. Jean, Cécile, et tout leur groupe de Lorient ont eu les mêmes infos, on peut penser que les autres aussi…

Ils sont donc partis sur ces bases, en allant sud… et puis ils ont fait leurs choix… !

  •  Les choix pour la période d’après : les 15 jours qui suivent.

Tous les jours, 1 fois par jour, ils reçoivent par radio un communiqué audio qui leur donne leur classement. Et qui leur donne aussi un bulletin météo (similaire aux bulletins de météo marine qu’on avait sur France Inter, et qu’on reçoit par VHF à plusieurs heures de la journée… )

Ce bulletin leur est destiné et est préparé par le météorologue de la course Christian Dumard.

Voilà ce qui leur est lu : exemple du 6 novembre (merci à Christian d’avoir bien voulu me le communiquer)

Analyse météo du Samedi 6 Novembre 2021

Prévision pour le samedi 6 à 12h00 TU

Anticyclone H1 1036 hpa centré par 45°00N / 15°00W  se prolonge par une dorsale qui passe par le point 25°00N / 30°00W

Anticyclone H2 1022 hpa par 31°00N / 50°00W

Basse Pression L1 1006 hpa centrée par 38°00N / 38°00’W se prolonge dans le Sud par une zone de vents faibles jusqu’à 19°30N

Prévision pour le dimanche 7 à 12h00 TU

Anticyclone H1 1033 hpa centré par 45°00N / 15°00W se prolonge par une dorsale qui passe par le point 25°00N / 30°00W

Anticyclone H2 1026 hpa par 42°00N / 56°00W

Basse Pression L1 1006 hpa centrée par 43°00N / 33°00’W se prolonge dans le Sud par une zone de vents faibles jusqu’à 22°00N

Prévision pour le lundi 8 à 12h00 TU

Anticyclone H1 1028 hpa centré par 40°00N / 15°00W se prolonge par une dorsale vers Cuba

Petite Onde d’Est TW2 sur un axe 35°00W

Prévision pour le Mardi 9 à 12h00 TU

Haute pression H1 1029 hpa sur la France se prolonge par une dorsale vers Cuba

Prévision pour le Mercredi 10 à 12h00 TU

Axe de haute pression 1018 hpa des Canaries à Cuba

En complément de cette analyse globale, ils ont une prévision par zone :

(Pour les zones, il faut donc se référer à une cartographie des zones, qui leur a été donnée avant le départ. Voir plus bas).

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Les zones atlantiques :

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Notons qu’on peut compter environ 12 zones dans une route des Canaries à la Guadeloupe, et donc qu’ils traversent une zone en un peu plus que 24h…

Voilà ce qu’ils ont ; c’est tout !

On doit penser que :

  1. ils ne ratent pas le bulletin à réveils !!!
  2. Ils se sont assuré qu’ils ont toujours des piles pour leurs radios..
  3. Ils se sont équipé de casques pour entendre la radio, et d’enregistreurs pour ne pas en rater une miette..
  4. Ils se sont préparé des cartes avec les fameuses zones : Jean en a imprimé tout un set, en A3, sur lequel il va reporter les anticyclones, les dépressions, leurs déplacements, et les prévisions de vent et de pression par zone
  5. Qu’ils connaissent bien leurs polaires..

Pratiquement, que font-ils pour choisir où aller ??

Au moment de la diffusion de ce bulletin Jean était dans la zone « Grimont »

Que disait ce bulletin ?:

Les zones où il y a le plus de vent prévu sont les zones Dubois, Bestaven, Tripon et Bourgnon : donc des zones Sud-Ouest par rapport à Grimont ! Ces zones Sud sont aussi des zones ou le baromètre est plus bas.

Les zones droit devant, à l’Ouest, sont moins ventées (une queue de dorsale..)

Donc les navigateurs sont tentés d’aller chercher ce vent là ; mais cela a un coût : de la route en plus !!

Notons que, à part pour « Bourgnon », les alizés ne sont toujours pas là, ni établis ! Les alizés établis, c’est 20/25 nds.. ! On en est loin !         

Je pense (cela n’engage que moi…) qu’ils font leurs choix de route en combinant plusieurs approches : une théorique, une pragmatique et du réalisme…

  1. L’approche théorique :  Ils savent que ça se passe au sud, mais y aller cela rallonge ! Alors il faut évaluer si en faisant 10% de route en plus, on aura une vitesse au moins supérieure de 10% pour compenser ce détour ! Et c’est là que la polaire intervient !!

Voilà la polaire de Jean (et des pogos 3):

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Si on part du principe, un peu simpliste mais réaliste, que dans cette course de vent portant il faut naviguer à 150° du vent : 

  • on lit dans le tableau de la polaire que à 8 nœuds de vent ils espèrent une vitesse de 3,98nds, à 10 nœuds de vent ils ont une vitesse prévue de 5,07nds et que si ils ont 12 nds de vent, alors la vitesse passe à 6,09nds (20% plus vite qu’à 10 nds !)

Dans cet exemple, ils savent donc que toute route 15% plus longue mais qui leur donnera un vent moyen de 12nds au lieu de 10nds, sera une route gagnante : un gain de vitesse supérieur à l’allongement !!

Je pense que c’est sur ces bases que certains ont fait des choix plus Sud que d’autres…,

  1. L’approche pragmatique :

Ils savent, par la prévision, que la bulle sans vent est devant et que le salut est vers le sud. Mais c’est plus long, donc allons-y progressivement :

  • tant que j’ai un vent considéré acceptable, je fais de l’ouest !
  • mais dès qu’il baisse un peu et qu’en même temps le baromètre monte (signe que je me rapproche de la bulle anticyclonique) j’empanne et je file SSW.
  • Dès que le vent remonte et que la pression baisse, clignotant à droite vers l’ouest et j’engrange des milles qui me rapprochent de la cible !
  • Etc, etc…

Mais attention à ne pas « sortir du cadre »

Que ce soit dans l’une ou l’autre des approches, la route Sud a ses limites ! A un moment, le surcoût en route n’est pas compensé par le gain en vitesse, et là on a perdu ! C’est donc une question de dosage ; l’expérience joue ; mais aussi garder le discernement : ni aller tête baissée dans le mur, ni aller voir s’il fait plus beau à l’équateur... !

Voilà comment ils font ! Je pense une combinaison des 2 approches !

Et le résultat est là : c’est assez incroyable de voir comment ils contournent les zones sans vent, sans faire beaucoup d’erreurs !!  Et comment ils vont là où il y a du vent..

Alors pourquoi certains sont restés plus au nord, et d’autres plus au sud ?

  • Pas la même analyse, peut-être ?
  • Pas vouloir prendre le risque de rallonger trop sa route, certainement aussi ?
  • Mais certainement aussi un autre facteur : le marquage !

Plusieurs des 10 premiers de la 1ère étape sont restés plus au nord. Je pense qu’ils se sont marqués : « Si je reste groupé avec eux, alors nous serons tous à peu près dans les mêmes conditions et je prends moins de risque : je les battrai parce que je suis meilleur, ou j’ai un meilleur bateau… »

Le marquage a certainement joué pour le groupe du nord, celui de Cécile, Hugo Dhallene, Melwin… S’il n’ y avait pas eu de 1ère étape, plusieurs d’entre eux auraient choisi une autre route.. ! J’en suis certain. Et quand on se marque, on peut perdre son bon sens marin : il continue Ouest à je continue moi aussi…

Et c’est comme ça qu’ « on va tous ensemble dans le mur » ! (Certains se rappelleront d’une transquadra (2017 je crois), où les favoris et leaders (je ne donnerai pas les noms) sont allés se mettre dans une bulle dans laquelle ils sont restés, en se marquant l’un l’autre.. !)

Alors la course ? Comment s’est-elle déroulée ??

Départ le 29 octobre

31 octobre :

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Ils marchent bien tous les 2 mais sur des routes différentes :

  • Cécile plus au nord (rond violet) : Elle est 4ème car plus proche de l’orthodromie
  • Jean plus au Sud (rond gris) : Il est alors 35ème : il paye l’écart qu’il fait par rapport à la route directe

1er novembre : la flotte s’éclate !

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Cécile dans le groupe en jaune est passée 1ière !!

Un groupe en vert la joue intermédiaire... !

Jean, entraine un groupe ocre vers le SSW, il est toujours en 2ème moitié de classement, alors qu’on peut voir qu’il est en pointe de son groupe !

Un groupe en rose part en ordre assez dispersé encore plus au sud…

2 novembre :

Il y a maintenant 200 milles (350km) d’écart latéral entre les 2 groupes ! C’est important !!

La course se joue entre le groupe de Cécile (toujours en tête), et celui de Jean (toujours dans les 30ème : c’est dur, dur, de faire des choix qui s’écartent de l’orthodromie : il faut avoir confiance en soi et le moral… !

3 novembre :

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Jean accuse maintenant 95 milles de retard sur Cécile (2ème) ! Mais on voit bien en partie gauche une zone bleutée, moins ventée ! Ils partent tous SUD pour la contourner. Jean est alors mieux placé pour le faire… !

(un suspense terrible : toutes les 4 heures nous allons sur le site, voir où ils en sont…)

4 novembre :

Jean est 31ème à 105 milles du leader (Melwin Fink , au nord, près de Cécile). Il faut qu’il ait le moral… Il connaît son classement diffusé tous les jours…

5 novembre au soir: Jean passe 1er ! De chasseur il devient chassé !! Certains l’attaquent au sud (Loic Blin de la Trinité).

Il reste 10 jours de course ! Quel stress à venir, pour lui, pour nous….

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6 novembre : Jean toujours 1er !

Mais un groupe de chasseurs en rouge se forme à son sud-est !

Le top 15 de la course est au sud. Les bateaux plus au nord sont relégués dans les 20ièmes positions !

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Les alizés ne sont toujours pas là !! Plus de vent au sud, mais loin des alizés établis.

7 novembre : Jean navigue toujours super bien et maintient les chasseurs à distance !

A noter ce commentaire sur le site de la course :

« Ce dimanche - jour de départ de la Transat Jacques Vabre -, la flotte de la 23e Mini Transat s’étale sur près de 600 milles en latéral. C’est colossal et c’est dire si les écarts sont importants entre les concurrents. Au nord, Antoine Bos (proto 825) reste un fervent partisan de la route la plus courte et évolue une centaine de milles sous l’orthodromie quand, à l’extrême opposé, une grande majorité de solitaires, Pierre Le Roy (proto 1019) en tête, continue d’investir dans le sud et évolue à présent à la latitude de la Guinée-Bissau. L’enjeu : gagner des pouillèmes de nœuds susceptibles de faire toute la différence.

Mais jusqu’où iront-ils ? La question est posée mais si l’on en croit les derniers routages la raison pourraient les faire descendre jusqu’au 11° Nord... » Du jamais vu !!

7 novembre au soir : Jean passe 2ème !!

C’est Alberto qui est 1er. Jean a perdu sur tout le monde. Il n’a progressé que de 22 milles dans les dernières 4h contre 30 environ pour tous les autres !!

Que se passe-t-il ? Un problème ? A-t-il cassé quelque chose ? Evidemment c’est l’inquiétude à la maison et chez tous nos amis accros qui suivent…

8 novembre : Jean reste 2ème, derrière Alberto Riva (italien) qui s’est échappé et lui a pris 12 milles.

En 2ème partie de journée, il a retrouvé de bonnes vitesses, c’est rassurant (il a dû pouvoir réparer); 

9 au 11 novembre : il passe 4, puis, 5, puis 6, puis remonte 5-4-3…

11 novembre 8h (date à laquelle je finis cet article)

Jean est 3ème ! Loic Blin à une encablure, Hugo Dhalenne remonte fort…

Cécile, plus au nord, est 17ième

C’est le sprint final… !

Arrivée prévue de Jean le 14 en milieu de journée…Nous sommes là-bas, Florence et moi et suivons les classements toutes les 4 heures : comme des accros !!

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Conclusion :

Pour revenir sur le titre de cet article : une course magique ; des petits bateaux, mais de grands marins. Pas étonnant que la France truste tous les podiums de la course au large !! Cela commence avec la Mini !!

Et cela se sait : 24 étrangers à cette édition… !

 

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